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IA vs Psy : des machines pour nous écouter : le futur de la santé mentale fait peur
L'IA a pris énormément de place dans le quotidien de chacun de nous. Mais jusqu'à quel point est-elle utile, fiable et éthique ? Dans cet article, je vous propose un regard à la fois théorique et expérientielle de l'utilisation de l'IA en substitution au psychologue.
Tiana RAZAIARINORO
7/6/20265 min read
Comme beaucoup de psys, je mourrais d'envie d'écrire sur ce sujet. Et comme je le fais toujours avant d’écrire, je regarde dans un premier temps ce qui se dit sur Internet. L'IFEMDR a écrit un article très complet, évoquant à la fois les données démographiques et cliniques sur le sujet.
En effet, de plus en plus de personnes se tournent vers les IA, notamment ChatGPT et Claude, pour trouver un soutien psychologique. Des études de 2025 montrent pourtant que cet usage peut favoriser une dépendance émotionnelle et soulèvent plusieurs enjeux éthiques, surtout quand il s'agit de la santé mentale. En effet, il existe plusieurs cas de suicide et d'épisodes de psychose qui ont été médiatisés. Ces cas, bien expliqué dans cet article, montre qu'il existe des risques réels lié à l'usage de l'IA, et que finalement l'IA agit comme un facteur aggravant chez des personnes déjà fragiles.
En pratique, plusieurs mécanismes sont en cause, notamment deux mécanismes importants :
l'attachement à l'IA,
la recherche de réponses immédiates puisque l'IA a tendance à valider les propos de l'utilisateur plutôt qu'à les remettre en question
L’idée est que “l’IA psychologue” fascine autant qu’elle inquiète. Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas :
“Est-ce qu’une IA peut faire le travail d'un psy ?”
mais plutôt :
“En quoi un algorithme peut-il se substituer à un travail clinique ?"
Pourquoi autant de personnes se confient à une IA ?
D’un côté, l’IA est devenue hyper compétente pour reformuler. Et donc il peut rassurer et même proposer des pistes de réflexion.
Beaucoup de personnes l'utilisent donc comme soutien émotionnel immédiat et ponctuel. Certaines le font par curiosité. D’autres parce qu’elles n’ont pas les moyens de consulter. D’autres encore parce qu’elles n’osent pas parler à un humain.
Et honnêtement ? Je comprends pourquoi.
Quand quelqu’un souffre à 2h du matin, qu’il rumine, qu’il angoisse, qu’il se sent seul… l'IA répond immédiatement. Sans attente. Sans jugement apparent. Sans coût. Sans avoir besoin de décrocher un téléphone ou de prendre rendez-vous trois semaines plus tard.
C’est probablement l’un des premiers points qu’il faut reconnaître : l’IA répond à une faille énorme de notre système de santé mentale.
La disponibilité
Il y a aussi le fait qu’aujourd’hui, trouver un psychologue compétent, disponible et adapté à soi relève parfois du parcours du combattant. Certains témoignages racontent des semaines de recherche sans réponse ou des praticiens indisponibles partout. Alors forcément, on "prend" ce qui est disponible.
L’illusion de l’empathie
L'illusion de l'empathie est le plus controversé au sujet de l'usage de l'IA. Mais la plupart des utilisateurs ne font pas attention à la confusion.
Une IA peut donner l’impression d’être empathique. Elle peut très bien imiter l’"écoute". Elle peut même poser des questions qui nous semblent très pertinentes. Pourtant, elle ne ressent rien.
Et ça change tout.
Un psychologue humain ne se contente pas d’analyser des phrases. Il observe la communication non verbale. Les silences. Les contradictions. Les hésitations. Le regard qui fuit. Le rire nerveux après une phrase grave. La posture. Le rythme de respiration.
Et quant au patient, l'efficacité d'un travail thérapeutique se retrouve aussi dans la verbalisation, pas dans le tapotage d'un clavier de téléphone.
Ce qu’un humain peut ressentir… qu’une IA ne voit pas
Prenons un exemple concret.
Deux personnes peuvent dire exactement la même phrase :
“Ça va, je gère.”
Sauf que chez l’une, cette phrase est sincère. Chez l’autre, elle masque un effondrement psychologique imminent.
Un humain formé peut le sentir immédiatement, on l'appelle le contre-transfert. Une IA, elle, dépend principalement des données qu’on lui a fournit. Il prendra en compte l'historique des conversations et répondra en conséquence.
Et ça pose une autre question essentielle : les gens disent-ils vraiment toute la vérité à une machine Paradoxalement… parfois oui.
Pourquoi ils se confient plus facilement à une IA ?
Certaines personnes se confient plus facilement à une IA parce qu’elles n’ont pas peur du regard de l’autre. C’est ce qu’on appelle souvent “l’effet Eliza” : notre cerveau projette de l’humanité sur une machine qui nous répond avec suffisamment de fluidité.
C’est assez troublant quand on y pense. On sait rationnellement qu’il n’y a personne derrière l’écran… mais émotionnellement, le cerveau finit par créer une forme de lien. Parfois, de manière pathologique, un véritable attachement.
Et c’est là qu’on entre dans une zone délicate.
Le risque de dépendance émotionnelle
Parce qu’une IA peut devenir un outil d’auto-réassurance permanente. Elle peut conforter certaines croyances. Amplifier certaines obsessions. Ou au contraire banaliser des signaux graves.
Imaginons une personne souffre d’anxiété sévère demande vingt fois par jour : “Tu es sûr que je ne suis pas fou ?”
Un professionnel humain cherchera progressivement à sortir la personne du besoin de validation constante. Une IA en revanche pourrait, au contraire, nourrir ce mécanisme involontairement, et va toujours répondre pour convenir exactement à ce que veut entendre son utilisateur.
C’est pour cette raison que beaucoup craignent l’arrivée massive de l’IA dans la santé, et notamment lorsqu'elle est utilisée par les adolescents. On n'est plus uniquement dépendant de son téléphone… mais une question de dépendance émotionnelle entre aussi en jeu.
Bien entendu, l’IA peut aussi être utile
Et pourtant, il serait hypocrite de rejeter totalement ces outils. Dans certains cas, ils peuvent réellement aider.
Par exemple :
aider quelqu’un à mettre des mots sur ses émotions ;
proposer des exercices de respiration ;
encourager l’écriture thérapeutique ;
reformuler une pensée anxieuse ;
servir de soutien temporaire entre deux séances ;
orienter vers une aide urgente.
Même des professionnels de santé reconnaissent que l’IA peut alléger certaines tâches et améliorer l’accès aux soins si elle reste encadrée.
Une thérapie, ce n’est pas recevoir des conseils
Le vrai danger commence quand on présente l’IA comme un remplacement du lien thérapeutique humain.
Parce qu’une thérapie, ce n’est pas “recevoir des conseils intelligents”.
Sinon, lire des citations inspirantes sur Internet suffirait à guérir les traumatismes.
La thérapie, c’est aussi le silence :
la confrontation ;
la nuance ;
la responsabilité ;
le contre-transfert émotionnel ;
la relation humaine ;
et parfois même… l’inconfort.
Or les IA ont tendance à vouloir satisfaire, rassurer et maintenir une conversation agréable. Ce biais peut devenir problématique dans un accompagnement psychologique profond.
La question inquiétante des données personnelles
Il y a aussi la question immense des données personnelles.
Quand on parle à une IA de ses angoisses, de ses traumatismes, de ses addictions, de ses pensées les plus sombres… où vont ces données ? Qui les traite ? Comment sont-elles stockées ?
Et honnêtement, c’est une interrogation légitime.
Parce qu’on ne parle pas ici de simples préférences musicales ou de recettes de cuisine.
On parle de l’intimité psychique des gens.
Ce que révèle vraiment l’IA psychologue sur notre époque
Finalement, je pense que l’IA psychologue révèle surtout quelque chose de notre époque : un besoin colossal d’écoute, de disponibilité et de soutien émotionnel.
Et si autant de personnes se tournent vers des machines pour parler de leur souffrance… ce n’est peut-être pas seulement parce que la technologie progresse.
C’est aussi parce que beaucoup de gens se sentent profondément seuls.
Et vous, vous êtes vous déjà confié émotionnellement à une intelligence artificielle… ou certaines choses auront-elles toujours besoin d’un vrai regard humain selon vous ?
Par Tiana RAZAIARINORO, Psychologue - Mai 2026 - Dernière màj 26 Juin 2026
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