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"Personne ne comprend ce que j'ai perdu", la souffrance invisible de la grossesse extra-utérine

INTERRUPTION DE LA GROSSESSE

Tiana RAZAIARINORO

6/21/20263 min read

Une grossesse extra-utérine (GEU), c’est une épreuve d'une douleur sans nom, à la fois physique et émotionnelle.

C'est une perte que personne d’autre que vous ne voit.

Une perte qui survient avant même que vous ayez annoncé votre grossesse.

Avant les félicitations.

Avant que votre entourage ne sache que vous attendiez un bébé.

Comme de nombreux futurs parents, vous attendiez peut-être la première échographie pour parler de la grossesse autour de vous. Et la GEU survient souvent durant cette période de silence, entre votre test de grossesse positif et la confirmation médicale. Alors comme beaucoup, vous vivez peut-être cette GEU dans l'intimité de votre couple.

Car il n'y a pas eu d'annonce.

Donc pas de condoléances.

Pas de reconnaissance officielle de votre perte.

Pourtant, votre douleur est bien réelle.

Parce que dès les premières semaines de grossesse, vous commenciez à imaginer votre avenir avec ce bébé que les autres aiment appeler "foetus". Et pourtant vous aviez de nouveaux projets, construisiez de nouveaux vos rêves, et même que vous créiez un véritable lien commence. Même si cette grossesse est très précoce, elle pouvait déjà avoir une grande importance dans votre vie émotionnelle et dans votre vie de couple.

Et voilà que la GEU vient interrompre ce processus brutalement. Elle vous confronte peut-être à une double épreuve : un danger pour votre santé, parfois pour votre vie, et la perte de la grossesse en elle-même.

Vous vous sentez peut-être trahie par votre corps.

Vous souffrez peut-être de la perte d'une trompe ou vous vous inquiétez pour votre fertilité future.

Comme tout événement traumatisant, une GEU peut laisser des traces émotionnelles durables : tristesse, anxiété, colère, culpabilité, peur de revivre la même chose ou difficultés à vous projeter dans une nouvelle grossesse.

On vous a peut-être dit des phrases telles que :

  • « Au moins, c'était tôt. »

  • « Tu pourras retomber enceinte. »

  • « Heureusement, ce n'était que quelques semaines. »

Mais même dites avec de bonnes intentions, ces paroles vous blessent. Parce qu’elles peuvent vous donner l'impression que votre perte n'est pas importante, alors qu'elle représentait, pour vous qui la vivez, la fin d'un projet, d'un espoir et parfois d'un début d'attachement à votre futur bébé.

Et du côté médical, l'urgence est souvent de protéger votre santé physique, car oui, c'est parfois vital. Mais ce qui est laissé de côté, c'est la place à l'expression des émotions au moment-même où elles surviennent.

Par exemple, après une GEU, il est fréquent de ressentir de la peur lors de la grossesse suivante. Certaines femmes vivent chaque examen avec inquiétude, craignant qu'une nouvelle perte se produise. Cette anxiété peut se manifester de différentes façons : difficultés à dormir, tensions physiques, besoin de contrôles fréquents ou préoccupations permanentes concernant la grossesse suivante.

Même plusieurs années plus tard, il arrive que l'émotion reste très présente lorsque vous évoquez cette expérience. Le temps aide souvent, mais il ne fait pas disparaître à lui seul une souffrance qui n'a pas pu être exprimée ou reconnue.

Il est donc important de diffuser qu'une grossesse extra-utérine est une perte réelle. Toutes les émotions sont légitimes. Vous avez le droit d'être triste, en colère, déçue ou bouleversée. Vous avez le droit de pleurer, de vouloir hurler. Vous avez le droit de ressentir un deuil réel, même si les autres ne comprennent pas toujours ce que vous traversez.

Parler de cette expérience, être écoutée et reconnue dans votre souffrance peut faire partie du chemin de guérison.

Car l'une des difficultés particulières d'une GEU c'est souvent de vivre un deuil dans la discrétion, parfois dans la solitude. De vivre une histoire qui a commencé mais que le monde n'a jamais eu le temps de connaître.

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Par Tiana RAZAIARINORO, Psychologue - Mai 2026 - Dernière màj 27 Mai 2026